Pour Le projet Open Fields j’ai souhaité travailler sur la notion de  territoire  en tant qu’espace et  sur l’acte photographique lui même. Réalisée à la chambre 4x5inch et au moyen format 6x7cm la série “Open Field” questionne la représentation du paysage et la notion même de sa captation à l’aide d’un miroir mesurant 80x120cm disposé in situ. Le miroir vient recomposer le paysage avec le hors-champ qui lui fait face, créant ainsi une double lecture.
Utilisé en peinture le miroir est ici une manière d’explorer les limites du cadre photographique par la mise en abîme de l’image et le surcadrage imposé par le miroir.

For the « Open Fields » project I wanted to work on the concept of territory as a space and the photographic act itself. Performed with a 4x5inch camera and 6×7 medium format the « Open Fields » serie questioning the  landscape representation and the notion of his capture with a mirror measuring 80x120cm (31,5×47,2 inches) and placed in situ. The mirror comes reconstruct the landscape with the outframe in front of it, creating a double interpretation.
Used in painting the mirror here is a way to explore the limits of the photographic frame by the recursive image and multiple compositions lead by the mirror.

Guillaume Amat

A word by Paul Wombell

La légende veut que les dieux aient autorise Orphée à descendre aux Enfers pour ramener sa femme décédée, Eurydice, dans le monde des vivants, à la condition qu’elle le suive et que jamais, jamais, il ne se retourne pour la regarder avant d’avoir atteint la lumière et le monde des vivants. À quelques pas de son but, Orphée ne put résister et se retourna pour contempler sa femme. Elle disparut immédiatement pour être ramenée dans le monde des morts. L’une des morales possibles de ce mythe est qu’il ne faut jamais se retourner vers le passé et toujours regarder vers l’avenir. Cette histoire met également en scène les limites propres au corps humain : avec une seule paire d’yeux, nous sommes condamnés à ne pouvoir regarder que dans une seule direction à la fois. La technologie a toutefois transformé cette limitation. Avec l’aide d’un appareil photographique, nous pouvons regarder dans de nombreuses directions en même temps, et, avec une image photographique, nous pouvons même contempler le passé. Grâce à un appareil photo et un miroir, Guillaume Amat a pris des photographies qui donnent simultanément à voir le devant et le derrière. Elles créent un étrange paysage onirique dans lequel des bâtiments et des personnages flottent au beau milieu de l’image, ce qui donne l’impression que le photographe possède deux paires d’yeux, l’une devant et l’autre derrière la tête.

The story is told that the gods allowed Orpheus to enter the underworld and return with his dead wife Eurydice to the world of the living. However there was one condition; that she should follow behind Orpheus and he should not turn around to look at Eurydice until she left the underworld and was in the light. Reaching the entrance Orpheus could not resist looking back at Eurydice, she was drawn back into the underworld and vanished before his eyes. The moral of this myth is never look back to the past, but always look forward to the future. The story also articulates the limitations of the human body, with one pair of eyes you can only look in one direction at the same time. However technology has changed this. With the aid of the camera you can look in many different directions at once, and with the photographic image you look back into the past. With the use of the camera and a mirror Guillaume Amat has made photographic images that simultaneously look forward and backwoods. They create a strange dream like landscape where buildings and figures float in the center of the picture and suggest that he has two sets of eyes, both at the front and back of his head. Orpheus would have been impressed.

Paul Wombell
curator and artistic director of France(s) Territoire Liquide exhibition

France(s) Territoire Liquide

Les paysages ne sont jamais statiques; ils changent constamment en fonction du climat et des interventions de l’homme. Une intervention significative a été la délimitation des terres en territoires bien définis appelés nations. À partir de ces territoires, les caractéristiques humaines sont déterminées et façonnées en identités nationales.

Fin 2010, un groupe de photographes résidant dans l’un de ces territoires nationaux appelé la France décide d’entreprendre un nouveau projet photographique. Il a pour ambition de chercher à savoir comment la photographie pourrait définir les caractéristiques principales de l’identité et du territoire français au début du XXième.

Au cours de ces trois dernières années plus de cinquante personnes ont participé activement à ce projet photographique en travaillant en toute liberté afin de créer une nouvelle vision du territoire français. Il en ressort cette exposition au sein de laquelle quarante trois photographes exposent leurs travaux pour la première fois.

En utilisant différentes approches, les photographes traitent un large éventail de sujets comme la mondialisation, l’anthropocène, la mémoire, les changements technologiques, la subjectivité, l’idée de nation et la migration. Cependant, si un thème traverse tous les projets, c’est l’idée que toutes les frontières sont temporelles et liquides et changent en fonction de la politique et de la technologie.

Certains de ces photographes se sont employés à rendre visible ce
qui ne peut être vu, des frontières oubliées ou disparues. Plusieurs d’entre eux ont questionné les frontières culturelles et artistiques établies entre le passé et le présent ainsi qu’entre la réalité et la fiction. Nombre d’entre eux ont travaillé à un seul endroit alors que d’autres ont voyagé à travers
la France dans le cadre de leur démarche artistique.

Ce projet photographique n’est pas une topographie systématique.
Il n’en a jamais été question. Ce n’est pas non plus une topographie impressionniste. Il s’agit d’un exposé visuel provisoire sur l’état des territoires français et aussi d’une libre enquête sur la nature de la nation européenne et celle du procédé photographique. Il s’agit peut-être ici du plus important projet photographique entrepris en Europe au cours des trente dernières années.

Ce projet soulève la question suivante : comment une nation se définit-elle lors d’une période de changement technologique rapide au cours de laquelle les frontières sont définies par les ondes électromagnétiques plutôt que par les murs et une période au cours de laquelle les décisions voyagent de parlements en salles de conseil d’administration ? Dans chacun de leurs travaux, les photographes se posent la question suivante : comment rendre visible aujourd’hui une nation appelée France ?

Paul Wombell
curateur et directeur artistique de l’exposition France(s) Territoire Liquide