La commune d’Arles et tout le pays d’Arles dans les Bouches-du-Rhône ont été victimes de graves inondations courant décembre 2003. Ainsi l’entreprise Lustucru, filiale du groupe Panzani, a été sinistrée.

Cent quarante-six salariés et quarante intérimaires en ont immédiatement subi les conséquences. Ces salariés, parfois doublement sinistrés (habitat et lieu de travail), se sont mobilisés pour réhabiliter au plus vite leur lieu de travail et reprendre rapidement leur activité. Le Conseil régional Provence-Alpes Côte-d’Azur, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône et la ville d’Arles se sont par ailleurs engagés à accompagner le redémarrage de cette usine et ont élaboré un nouveau plan de développement de l’entreprise installée à Arles depuis 1952. En avril 2005, malgré de nombreux projets d’investissements pour les années futures, Lustucru annonça la délocalisation de son usine camarguaise en Espagne et ferma le site d’Arles.
“Riz d’ici” est le nom du projet de coopérative (SCOP) que les anciens salariés ont essayé de réaliser, symbolisant ainsi toute leur détermination à travailler en Camargue et leur volonté de prendre en main leur destin.

Ce travail s’inscrit dans une réflexion sur la société d’aujourd’hui, l’identité citoyenne ainsi que l’histoire d’une ville et de ses cicatrices. C’est une usine qui ferme parmi d’autres, un patrimoine qui s’efface et des vies qui se brisent parmi d’innombrables.
La photographie me permet de marquer une pause, un instant de réflexion en dehors du flux ininterrompu de l’information audiovisuelle, qui annonce quotidiennement les fermetures d’entreprises et les plans de restructuration. Elle permet d’éviter cette forme d’anesthésie involontaire produite par la permanence de la douleur télévisée.
J’ai choisi de réaliser un reportage en deux parties: le site industriel en mutation et les anciens salariés.
Au cours du mois de décembre 2005, j’ai photographié le lieu de travail que j’ai vu se vider de sa substance mécanique. Puis j’enregistre le témoignage des anciens salariés sur leur vie quotidienne dans l’entreprise et leurs deux années et demie de lutte.
En Juin et Juillet 2006, je réalise deux séries de portraits des salariés sur leur ancien lieu de travail. Ils y pénètrent pour la première fois depuis deux ans, l’accés en étant fermé depuis les inondations. Le lieu est silencieux et la charge émotionnelle forte. Ils me racontent encore, évoquent des souvenirs, me décrivent leur poste, regardent les traces et me montrent des machines désormais invisibles.
Je les fais poser sous une lumière dure qui s’engouffre par des brèches béantes dans la charpente laissées par le travail de démantèlement. Un miroir est resté accroché là. Je leur demande de poser face à eux mêmes. L’image se divise et dans le reflet, ils semblent porter leur usine comme le pilier qui est derrière eux.

The town of Arles and the whole department of the Bouches du Rhône were the victims of important flooding in December 2003. Thus, Lustucru company, a subsidiary of Panzani group, was partly devastated. A hundred and forty-six salaried employees and forty temporary workers immediately suffered from the situation.

The employees, some of them twice stricken (house and workplace), joined their forces to rehabilitate their workplace as soon as possible in order to resume work rapidly. The General Council of Provence Alpes Côte d’Azur, the Departmental Council of les Bouches du Rhône, and the town of Arles promised to help the firm to start up again and a new project of development of the company, settled in Arles since 1952, was elaborated.
In April 2005, despite a great number of investment projects for the coming years, Lustucru company announced that the firm from Camargue region would move to Spain and the site in Arles closed down.
« Riz d’ici » (i.e. the rice from here) is the name of the project of cooperative (SCOP) that the ex-employees tried to create, showing their determination to work in Camargue region and their will to control their own future.

This work is part of a reflexion on today’s society, the notion of citizenship identity as well as the story of a town and its scars. It is at the same time one of many closing down factories, a dying heritage and broken lives among so many others.
Photography enables me to take a break, to think over for a while, away from the continuous flow of radio and TV news, daily announcing the closing down of factories and restructuring programs. It protects from this kind of unintentional anaesthesia caused by the distress constantly shown on television.
I decided to make a report divided in two parts: the industrial site and the ex-employees. During the month of December 2005, I took photos of the workplace, emptying of its mechanical substance. Then I recorded ex-employees talking about their daily life in the factory and their 30 months’ struggling.
In June and July 2006, I realized two series of portraits of employees on their old workplace. It was the first time they had come back to the spot in two years’ time, the access being closed since the flooding. The place was quiet and the emotive power was strong. They kept on telling, recalling memories. They described their jobs, looked at the remaining marks and showed me the now invisible machines.
I asked them to pose in the harsh light coming from the roof structure through the gaping openings left by the work of demolishing. A mirror was still hanging there. I asked them to pose in front of themselves. The picture split up and in the mirror, it looked as if they were carrying their factory, just like the pillar behind them.